Hé ben ça y est. J’ai trop lu Cyberpresse, et me voilà distrait de mon étude de pharmaco par la pressante nécessité d’écrire une Complainte autour du feu. Je viens de lire un article exposant le point de vue complètement déraillé de l’AISQ, l’Association pour l’intégration sociale de la région de Québec, sur le dépistage prénatal de la trisomie 21.
Figurez-vous que l’AISQ s’oppose à l’offre systématique de dépistage prénatal du mongolisme à toutes les femmes enceintes au Québec. La présidente de cette association s’inquiète que cela ouvre la porte à l’eugénisme; je me permets de citer l’article:
“Et après la trisomie, ce sera quoi? demande Lucie Émond. Les trisomiques représentent environ 10 % de toutes les déficiences intellectuelles et sont loin d’être les cas les plus «lourds», dit-elle.
Le terme de lourdeur lui semble d’ailleurs odieux. «Plus lourd que quoi? Par rapport à un enfant hyperactif? Qui a des troubles d’apprentissage?» Et qu’en est-il d’un adolescent qui se drogue ou qui a des problèmes suicidaires? demande-t-elle encore.”
Le terme “lourdeur” lui semble odieux ? Mais elle est folle ! C’est pourtant un terme très vrai, très exact, qui colle à la réalité: les trisomiques et autres déficients intellectuels sont des cas lourds. Lourds de demandes, lourds de besoins. Il leur faut chroniquement et prévisiblement des soins dont le citoyen moyen n’a pas besoin, et ils sont tout aussi chroniquement et prévisiblement moins productifs que le citoyen moyen. Un handicap de l’intellect est tout aussi dramatique, mauvais, injuste et intrinsèquement indésirable que le fait d’être sourd, aveugle ou manchot. C’est aussi mauvais et digne d’être combattu que le fait d’avoir des idées suicidaires, des difficultés d’apprentissage, ou se droguer.
L’AISQ s’imagine bien sottement décourager les femmes d’avoir recours au dépistage prénatal en leur présentant le cas touchant mais exceptionnel de Roselyne Chevrette, une dame trisomique 21 hautement fonctionnelle qui a réussi à pallier à son handicap. Quel atroce sophisme ! “X a réussi à vivre normalement malgré la maladie Y, donc il ne faut pas chercher à dépister Y“. Tant qu’à y être, cessons les échographies obstétricales de routine, et contentons-nous de ce qui se présentera à la naissance, peu importe le nombre de bras ou la complétude des organes vitaux. Quel délire.
L’AISQ dit défendre les droits des personnes déficientes intellectuelles ? Soit. Qu’elle protège leurs intérêts. Mais qu’elle ne s’enlise pas dans l’idée profondément débile qu’un certain taux de déficience intellectuelle est normal, ou pire, souhaitable dans une société, et qu’il faut préserver ces problèmes dévastateurs au nom de la “diversité” ! Roselyne et beaucoup d’autres personnes sont nées avec une pathologie - pas une simple caractéristique, pas un trait spécial valorisable, pas une différence à célébrer: une PATHOLOGIE. La structure de leur cerveau diffère de la normale de telle sorte que leurs fonctions mentales supérieures sont compromises. Il est trop tard pour l’avortement, nous sommes devant le fait accompli, et nous devons leur souhaiter le meilleur parcours possible malgré cette maladie qui limite leurs capacités. Mais il est de notre devoir en tant que société de faire tout ce qui est scientifiquement et économiquement possible pour empêcher que d’autres personnes comme eux viennent au monde, et le dépistage prénatal est un des moyens à notre disposition.
Je ne trouve évidemment pas alarmants les petits cris de l’AISQ comparant la trisomie 21 aux difficultés d’apprentissage et à l’hyperactivité, puisque j’inclus tout ça dans le panier des troubles hautement susceptibles de diminuer la qualité de vie d’une personne et de son entourage: tous ces problèmes mériteraient selon moi d’être dépistés si on pouvait parvenir à inventer les tests prénataux appropriés. Les parents pourraient ainsi se renseigner sur la pathologie de leur enfant à l’avance, et décider s’ils se sentent capables de la compenser par des soins spéciaux ou s’ils préfèrent l’avortement. Contribuer à rendre la société exempte d’handicapés et de déficients n’est ni intolérant envers les personnes atteintes, ni malsain, ni immoral; c’est rationnel, juste, et bon.
Un aveugle devrait souhaiter que dans le futur il n’y ait plus aucun aveugle, un trisomique devrait souhaiter qu’il n’y ait plus de trisomie, tout comme mon père arthritique souhaite qu’il n’y ait plus d’arthrite. Dixi.