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The Power of Nothing

Soyez bien attentifs, car voici le récit complet de ma garde d’hier !

“…”

Voilà. Vous l’avez vu passer ? Il ne vous a pas échappé j’espère. Il est juste là, entre une paire de guillemets… Des guillemets forts rapprochés, puisque je n’ai rien fait de toute la journée. Après avoir réussi à trouver une machine à café en état de marche, je me suis écrasé tel un corps mort, tel Victor le chat quand il est fatigué, tel Osiris en petits morceaux attendant qu’Isis le reconstitue. Le salon des résidents de HMR est un lieu de perdition quand on est seul pendant des heures…

J’ai bien vérifié mon page, mais il était 100% fonctionnel. Je n’ai eu aucun appel de la journée, donc évidemment je n’ai pas vu le psychiatre de garde puisque je n’avais aucune raison de le signaler. Dans ma grande naïveté, croyant être occupé toute la journée, je n’avais pas apporté mon MacBook qui renferme tous les documents dont j’ai besoin pour étudier pharmaco, donc pas d’étude productive non plus. Heureusement qu’il y avait internet: grâce à Web Messenger (la version page web sans installation requise de MSN), j’ai au moins pu jaser un peu avec ma soeur et Louise.

Bon, reprenons le temps perdu et plongeons dans la pharmaco, pendant que le bacon du déjeuner cuit tranquillement dans le four.

Un samedi sans pharmaco ?

Seulement parce que je suis de garde, encore une fois, en psy à l’urgence de HMR. Je me demande si ça va finir tôt aujourd’hui ?

J’ai particulièrement du fil à retordre ce matin pour trouver du café. À mon arrivée le Tim Horton’s était fermé, la cafétéria aussi. Je me dirige donc vers la machine Van Houtte du rez-de-chaussée: vide. Je monte donc au salon des visiteurs du 5ème: une autre machine Van Houtte vide. Heureusement, la machine sans nom au café minimalement buvable du 6ème était fonctionnelle, et me voilà de retour au salon des résidents avec ma force vitale contenue dans un petit verre de styromousse. Pendant que je tape, j’entends d’une oreille le récit de la nuit mouvementé de la résidente de garde en médecine interne; elle n’a pas dormi de la nuit, pauvre elle…

Waaaah. J’aurais peut-être pas du me coucher à minuit… Baîllons.

La CDFose pro-handicap

Hé ben ça y est. J’ai trop lu Cyberpresse, et me voilà distrait de mon étude de pharmaco par la pressante nécessité d’écrire une Complainte autour du feu. Je viens de lire un article exposant le point de vue complètement déraillé de l’AISQ, l’Association pour l’intégration sociale de la région de Québec, sur le dépistage prénatal de la trisomie 21.

Figurez-vous que l’AISQ s’oppose à l’offre systématique de dépistage prénatal du mongolisme à toutes les femmes enceintes au Québec. La présidente de cette association s’inquiète que cela ouvre la porte à l’eugénisme; je me permets de citer l’article:

“Et après la trisomie, ce sera quoi? demande Lucie Émond. Les trisomiques représentent environ 10 % de toutes les déficiences intellectuelles et sont loin d’être les cas les plus «lourds», dit-elle.

Le terme de lourdeur lui semble d’ailleurs odieux. «Plus lourd que quoi? Par rapport à un enfant hyperactif? Qui a des troubles d’apprentissage?» Et qu’en est-il d’un adolescent qui se drogue ou qui a des problèmes suicidaires? demande-t-elle encore.”

Le terme “lourdeur” lui semble odieux ? Mais elle est folle ! C’est pourtant un terme très vrai, très exact, qui colle à la réalité: les trisomiques et autres déficients intellectuels sont des cas lourds. Lourds de demandes, lourds de besoins. Il leur faut chroniquement et prévisiblement des soins dont le citoyen moyen n’a pas besoin, et ils sont tout aussi chroniquement et prévisiblement moins productifs que le citoyen moyen. Un handicap de l’intellect est tout aussi dramatique, mauvais, injuste et intrinsèquement indésirable que le fait d’être sourd, aveugle ou manchot. C’est aussi mauvais et digne d’être combattu que le fait d’avoir des idées suicidaires, des difficultés d’apprentissage, ou se droguer.

L’AISQ s’imagine bien sottement décourager les femmes d’avoir recours au dépistage prénatal en leur présentant le cas touchant mais exceptionnel de Roselyne Chevrette, une dame trisomique 21 hautement fonctionnelle qui a réussi à pallier à son handicap. Quel atroce sophisme ! “X a réussi à vivre normalement malgré la maladie Y, donc il ne faut pas chercher à dépister Y“. Tant qu’à y être, cessons les échographies obstétricales de routine, et contentons-nous de ce qui se présentera à la naissance, peu importe le nombre de bras ou la complétude des organes vitaux. Quel délire.

L’AISQ dit défendre les droits des personnes déficientes intellectuelles ? Soit. Qu’elle protège leurs intérêts. Mais qu’elle ne s’enlise pas dans l’idée profondément débile qu’un certain taux de déficience intellectuelle est normal, ou pire, souhaitable dans une société, et qu’il faut préserver ces problèmes dévastateurs au nom de la “diversité” ! Roselyne et beaucoup d’autres personnes sont nées avec une pathologie - pas une simple caractéristique, pas un trait spécial valorisable, pas une différence à célébrer: une PATHOLOGIE. La structure de leur cerveau diffère de la normale de telle sorte que leurs fonctions mentales supérieures sont compromises. Il est trop tard pour l’avortement, nous sommes devant le fait accompli, et nous devons leur souhaiter le meilleur parcours possible malgré cette maladie qui limite leurs capacités. Mais il est de notre devoir en tant que société de faire tout ce qui est scientifiquement et économiquement possible pour empêcher que d’autres personnes comme eux viennent au monde, et le dépistage prénatal est un des moyens à notre disposition.

Je ne trouve évidemment pas alarmants les petits cris de l’AISQ comparant la trisomie 21 aux difficultés d’apprentissage et à l’hyperactivité, puisque j’inclus tout ça dans le panier des troubles hautement susceptibles de diminuer la qualité de vie d’une personne et de son entourage: tous ces problèmes mériteraient selon moi d’être dépistés si on pouvait parvenir à inventer les tests prénataux appropriés. Les parents pourraient ainsi se renseigner sur la pathologie de leur enfant à l’avance, et décider s’ils se sentent capables de la compenser par des soins spéciaux ou s’ils préfèrent l’avortement. Contribuer à rendre la société exempte d’handicapés et de déficients n’est ni intolérant envers les personnes atteintes, ni malsain, ni immoral; c’est rationnel, juste, et bon. Un aveugle devrait souhaiter que dans le futur il n’y ait plus aucun aveugle, un trisomique devrait souhaiter qu’il n’y ait plus de trisomie, tout comme mon père arthritique souhaite qu’il n’y ait plus d’arthrite. Dixi.

De la pharmaco printannière

Il fait beau, frais, ensoleillé, une petite brise souffle et les oiseaux chantent… Et je passe la journée à étudier ma pharmaco. C’est incroyable le nombre de diapos hétéroclites et mal organisées que je dois me taper. Et en plus, je suis à peine rendu à la moitié des - ah oui, c’est vrai… Au lieu de le dire, écrivons un ‘tit poème encore une fois, une version modifiée de celui que j’avais pondu avant mon ÉCOS de gynéco:

Étudier par une si radieuse journée
Xantophylline et autres calamités,
Avec mon attention discontinue
Malgré un apport de café soutenu…
En quoi ai-je contrarié les dieux ?
Ne puis-je oublier cette pharmaco un peu ?
Si seulement aucune note n’était en jeu !

Amorphe et lent, je dois continuer,
Ni dynamique, ni motivé,
Trouvant ça et là quelques rares diapos
Épurées d’inutiles propos,
Risquant même jusqu’à quérir Annie,
Innocente collaboratrice dans ce récit.
En ce jour, pour compenser des mois d’absence,
Utopie, prends consistance,
Réussissons ce maudit examen,
Soporifique défi qu’on m’impose en vain.

Les matantes selon Foglia

Aaaah ! Foglia ! Ce type a un gène muté quelque part, qui active une zone secrète du cerveau vouée à la verve, c’est sûr.

Vous avez entendu parler des annonces de pogos retirées récemment suite à des plaintes du public, parce qu’elles jouaient avec des sous-entendus pervers et comparaient la célèbre saucisse en pâte à un phallus engorgé ? Hé bien Foglia a brillamment posé le diagnostic de ceux (probablement surtout celles) qui ont réclamé le retrait de ces publicités: ce sont des matantes. Il faut que je le cite, c’est tordant:

“LES MATANTES – J’ai trouvé plutôt drôle la campagne publicitaire des pogos. Pas subtile, c’est sûr. Écrire à côté d’un pogo dressé comme un pénis : je trippe ben raide, n’est pas très subtil. Ajouter c’est bon au boutte, n’était rien pour calmer les matantes qui se sont effectivement beaucoup agitées et finalement les pubs ont été retirées avec les excuses des publicitaires.

Qu’est-ce qu’un pogo? Une saucisse enrubannée de beaucoup de pâte, enfilée sur un bâton.

Qu’est-ce qu’une matante? Une saucisse enrubannée de beaucoup de pâte, enfilée sur rien du tout. Et c’est pour ça qu’elle est jalouse.”

Vous pouvez aller lire sa ponte du jour en entier ici.

Pédo-ARC et étirement du temps

Einstein avait raison, le temps est élastique: durant l’ARC de pédopsy de ce matin, je suis sûr que Tempus a déraillé et que j’ai vieilli de 7 jours.

Mon patron à l’hôpital de jour ne voyant pas ses patients aujourd’hui, cet ARC sur les retards de développement chez l’enfant était ma seule activité de stage je la journée, mais ça a dévoré tout l’avant-midi et ça m’a presque autant assommé que deux jours d’unité d’enseignement. Après un peu de discussion en groupe, la patronne qui donnait l’ARC a graduellement pris toute la place, et s’est lancée dans un monologue soporifique sur je ne sais quelles études sur l’attachement chez l’enfant, nous proposant des articles à lire à ce sujet et nous nommant des chercheurs du domaine… La lutte pour rester éveillé et avoir l’air d’écouter fut atroce. J’aurais du aller me chercher un deuxième café à la pause.

Mais j’ai quand même fini par sortir de cette petite salle de réunion, et je suis maintenant de retour à la maison au tout début de l’après-midi, ce qui est plutôt habituel en psychiatrie. Prochaine étape: trouver quelque chose à manger. Ensuite, je devrai combattre (ou pas ?) la tentation de faire une sieste plutôt qu’étudier ma pharmaco.

Vive l’ornithorynque !

Voilà. Je voulais juste m’exclamer publiquement “vive l’ornithorynque”, parce que cette créature est une stupéfiante démonstration de la puissance de Mère Nature; c’est fou ce qu’elle peut faire avec un petit tas de paires de bases et quelques millions d’années de mutations aléatoires !

J’ai hâte qu’Annie reçoive sa revue Nature de cette semaine, pour pouvoir lire sur le génome de l’ornithorynque au lieu d’étudier ma pharmaco. :P

De la recherche pour QUOI ?!

Ce que je viens de lire sur Cyberpresse mériterait franchement une Complainte autour du feu, mais je me morfonds dans le sous-sol de l’hôpital et je ne me sens pas d’attaque pour écrire un de ces longs billets où je crache généreusement mon venin. Je vais donc me contenter d’un petit chialage de deux paragraphes, hgnké. Commençons:

Le Conseil supérieur de l’éducation (dire que mon père a déjà siégé là à temps perdu) a pondu un rapport à l’intention du Ministère de l’éducation, pour faire le point sur l’état du réseau universitaire. Écoutez bien l’aberration telle que relatée par Cyberpresse: “En matière de financement, la recherche en sciences de la santé, en sciences pures et en sciences appliquées récolte la part du lion, avec plus de 70 % des subventions. Ce qui laisse des miettes aux chercheurs en sciences humaines, en droit, en administration, en éducation, en arts et en lettres, constate le CSE. Aussi, les recherches menant à la commercialisation d’une innovation technologique l’emportent, le plus souvent, dans la course au financement, sur l’innovation dans le domaine social. Il faut veiller à garder un équilibre, dit le CSE.

QUOI ?! Attendez, là. Se plaindre que les sciences pures récoltent plus de budget de recherche que les sciences humaines ? Mais plaignez-vous plutôt qu’il en reste, du budget de recherche en arts et lettres, calvaire ! Qu’est-ce qu’il y a d’utile à rechercher là-dedans ?! Un souvenir me vient à l’esprit. Mon prof de français de secondaire 5 avait un post-doctorat: il avait fait une thèse sur un type précis de narration, le monologue intérieur. CONNERIE ! Et on veut augmenter le budget de ce genre de masturbation mentale improductive ? Allons-y, faisons de la “recherche” en socio et en sciences po., en théologie tant qu’à y être, mais dans ce cas, que personne ne vienne se plaindre que la cure pour le cancer n’est pas encore au point, que les ordinateurs plantent et que les voitures polluent, ok ?

La garde d’hier, l’ennui d’aujourd’hui et le retard de demain

Tchèèèèwib !“, comme dirait la grosse vaudouisante dans un certain texte. Mon étude pour l’examen de pharmaco n’a pas avancé d’un iota depuis lundi soir, puisque j’étais de garde hier. Puisque aujourd’hui je suis coincé à l’hôpital toute la journée, ça ne progressera pas beaucoup non plus.

Ma garde d’hier a été pas mal intéressante. J’ai vu un schizophrène paranoïde décompensé avec délire politico-religieux qui planifiait une attaque à la bombe contre une clinique d’avortement, puis un homme dans la cinquantaine en dépression majeure endogène avec 4 tentatives de suicide récentes, et ensuite une grosse femme borderline complètement immature, revendicatrice, gueularde et turbulente. Ce ne fut certes pas une journée parfaite: je ne peux passer sous silence la présence irritante d’une externe 1 en stage à option qui s’imaginait pompeusement pouvoir me superviser (elle se prend pour qui, elle ?!?!), et d’une résidente de med fam qui voulait faire plein de tests physiques à mon patient déprimé (à la recherche d’un très hypothétique cancer) au lieu de laisser tout ça entre les mains de son médecin traitant.

Ensuite il y a eu la garde de soir, indésirable prolongement des journées de garde en psy de 5 à 7, qui a pour effet de ruiner le souper et de me faire crever de faim jusqu’à 8 heures et demie le soir (n’oubliez pas qu’il me faut presque 1 heure et demie pour revenir à la maison à partir de Maisonneuve-Rosemont). Hier soir il n’y a heureusement eu qu’un seul cas de psy, un cocaïnomane dépressif récemment devenu itinérant qui avait des idées suicidaires. On l’a mis sous anti-dépresseurs, et la travailleuse sociale s’est comme d’habitude tapée tout le reste: trouver de l’hébergement temporaire, une place en désintox, etc. Vu l’absence d’autre cas, le patron m’a laissé partir à 18:30. Une heure et quart plus tard, je suis revenu à la maison affamé pour constater que tout le monde avait déjà soupé et qu’il ne me restait qu’à me commander une pizza. Il va sans dire que je n’ai eu aucune motivation pour étudier ma pharmaco…

Ce qui m’amène à aujourd’hui. Ce matin, il y avait une réunion d’équipe prévue à 8:00 à l’hôpital de jour. Je me suis donc pointé 15 minutes en retard, convaincu que le psychiatre serait lui-même en retard de toute façon. Hé bien il n’est venu que 5 minutes avant l’heure de fin de la réunion - qui n’a donc essentiellement pas eu lieu - il s’est excusé d’avoir oublié, s’est fait résumer en vitesse quelques cas par les intervenantes, puis il est parti. Mon avant-midi n’a donc servi à rien. Au lieu d’étudier ma pharmaco sur mon MacBook toute la matinée en étirant un copieux déjeuner et en sirotant 4 tasses de café, je suis venu à l’hôpital 5 heures trop tôt, mes cas de pédosychiatrie ne commençant qu’à 13:30.

Et bien sûr, si la pédo fini le moindrement tard aujourd’hui, je ne serai plus en état d’étudier quand je rentrerai à la maison (je ne suis efficace pour étudier QUE le matin, c’est là que ma mémoire fonctionne à son meilleur). Évidemment, comme les Moires - ou une secrétaire quelconque - ont foutu un ARC demain matin, mon étude sera encore sous-optimale dans les 24 prochaines heures. Il va falloir que je me bourre la tête de pharmaco vendredi, car samedi je suis encore de garde, et dimanche c’est la fête des mères, ce qui impliquera potentiellement de cuisiner un souper élaboré qui prendra des heures de popote.

Et puis pourquoi on a un examen de pharmaco, hein ? On ne les voit pas assez sur le tas durant les stages et les ARC, les médicaments ? “Tchèèèèwib !

Un mardi de garde en psy

Baooon. Enfin une journée potentiellement intéressante: je suis de garde à l’urgence psychiatrique. Ok, c’est pas comme être de retour en neuroradio ou en médecine nucléaire (je m’ennuie vraiment de l’imagerie, c’est pas croyable), mais y’a quand même plus d’action qu’aux hôpitaux de jour.

Il me reste encore un bon 32 minutes pour finir mon gros café de 16oz avant que ma garde ne commence. Comme d’habitude durant ce stage, être de garde le jour implique d’être aussi de garde le soir, donc je risque de finir à 19:00 au plus tôt, ce qui tombe assez mal puisque cette semaine et la fin de semaine qui approche sont mes seules occasions de me bourrer le crâne de pharmaco avant l’examen de mercredi prochain. Il faudrait donc que mon stage cette semaine soit aussi vide et creux que possible, pour faire de la place à toutes ces diapos monotones que je tente d’ajouter à ma mémoire.

Fait intéressant, il est 8:30 et je suis tout seul dans le local des externes en psy. Manifestement les autres ne sont pas encore arrivés. Je sais, ça fait un mois que je le dis, mais je suis encore stupéfait: maudit que ça commence tard, la psy ! Même l’urgence - l’urgence, diantre ! - ouvre à 9:00.

Baoon, mon café me parle. Il veut être bu (y me faut du Zyprexa).

Un autre hôpital de jour psychiatrique

Cette fois, c’est à l’hôpital de jour pour les troubles de l’humeur que je vais passer un mois: dépression, anxiété, phobies et troubles de personnalité sont au menu. J’ai rencontré ce matin mon patron pour cette seconde partie du stage, un psychiatre d’un certain âge qui prendra sa retraite de l’hôpital dans à peine deux mois pour se consacrer exclusivement à l’expertise médico-légale. Il semble sympathique.

Comme à l’hôpital de jour précédent, le programme n’a rien pour me faire sauter de joie. C’est un petit centre où les patients post-hospitalisation se rendent à raison de 5 demi-journées par semaine pour faire des ateliers de thérapie de groupe et rencontrer des infirmières, des ergothérapeutes et le psychiatre. Il y a deux réunions par semaine, auxquelles je dois assister. En gros, à part les rencontres individuelles de patients avec le psychiatre, je crains que ce mois ne m’assomme; j’espère que je pourrai m’en sortir comme à l’autre hôpital de jour, c’est-à-dire sans aller aux ateliers des patients. À part les gardes à l’urgence, je ne vois rien de fascinant devant moi pour les prochaines semaines…

Dire qu’il me reste encore la moitié de ce stage… C’est décidé: je n’aime vraiment pas la psychiatrie. À part les interventions ponctuelles à l’urgence (par exemple, évaluer la dangerosité d’un patient et le garder contre son gré si nécessaire), il me semble que toute cette spécialité est à base de jasette de longue haleine et de relations trop intimes entre les médecins et leurs patients. Personnellement, je déteste questionner les gens sur leur enfance; plus je fouille dans leur intimité et plus j’écoute leur verbalisation floue de leurs émotions, plus je me sens déplacé. J’ai l’impression de me vider de mon énergie à essayer vainement d’éclaircir la pensée de gens moins structurés que moi. C’est le royaume de la subjectivité et des petits mots doux encourageants, et moi, pauvre scientifique terre-à-terre rieur et chialeux, je me sens comme une patate plantée par mégarde dans un champ de maïs. Où êtes-vous, consoeurs patates ?!

J’ai vraiment très hâte de retomber dans la médecine organique brute: vivement le stage de chirurgie, malgré son horaire qui me fera grincer des dents.

La Sainte Vierge en France, Osiris, et le spaghetti

C’est à se rouler par terre de rire: l’Église catholique vient de reconnaître officiellement et en grandes pompes une longue séries d’apparitions de la Sainte Vierge à une française nommée Benoîte Rencurel au XVIIe siècle.

En langage vernaculaire: des vieillards aveuglés par des années de macération dans un monde imaginaire couché sur papier par d’antiques Grecs et Hébreux viennent de déclarer, après des centaines d’années de réflexion, que les hallucinations visuelles et auditives d’une folle bien ordinaire étaient en fait d’origine divine.

Tordant ! C’est tordant ! Je me demande si dans quelques siècles, quelques patients croisés durant mon stage de psychiatrie et qui s’imaginent typiquement être en communication intime avec Dieu seront béatifiés. Peut-être le pavillon Rosemont sera-t-il, un jour, une destination prisée de pèlerinage ?

Mais cessons un peu de rire… Pour en revenir à mon aversion pour le judéo-christianisme, je dois dire que cette initiative de l’Église, bien qu’elle ait sérieusement égayé ma soirée, est incroyablement conne. Cette Église est déjà dans une position de faiblesse factuelle terrible: rien, mais RIEN ne prouve que son texte fondateur, la Bible, est fiable. Autant la physique la plus élémentaire que l’Histoire la plus permissive tendent à contredire leur livre sacré; dans un tel contexte, je m’attendrais à ce que les religieux catholiques soient sur leurs gardes devant tout ce qui peut achever leur fragile semblant de crédibilité. Mais au lieu d’être prudents et frileux, les voilà qui nous annoncent, après une enquête débile dirigée par des théologiens, qu’ils reconnaissent les visions d’une femme isolée morte il y a plus de 300 ans. Aucun témoin des événements n’a évidemment été entendu, aucun observateur neutre n’a contemplé la Sainte Vierge invitée sur Terre par la bonne femme Rencurel, aucun expert en santé mentale n’a évalué la psychotique. On se fie à du bouche-à-oreille distordu par les années et à de la vieille paperasse pour juger de la réalité d’un phénomène potentiellement transcendant et hautement exceptionnel.

Puisque l’Église ne reviendra sans doute pas en arrière, je réclame donc qu’elle continue sur sa lancée et qu’elle reconnaisse encore bien d’autres choses divines. Bon, mettons juste quelques unes, pour ne pas désorienter les gérontosaures romains… Ratzinger, en vous basant sur le livre de mythologie égyptienne qui trône dans ma bibliothèque, je réclame donc que vous reconnaissiez la nature divine de la résurrection d’Osiris ! Après tout, vos aïeux spirituels ont bêtement copié ce récit, alors pourquoi ne pas valider l’original ? Ensuite, si vous n’êtes pas complètement décérébré, exploitez votre dernier souffle: basez-vous sur l’unique et sincère témoignage de mon amie Louise Lemay, et reconnaissez la divinité du Flying Spaghetti Monster. Rome est en Italie, et le Dieu aux milles nouilles est sans doute déjà parmi vous !