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Médecine pour les nuls

Avec mon externat et les nombreux billets à thématique médicale qui s’ensuivent, je constate qu’il me faut de plus en plus souvent expliquer certains mots que j’utilise, au cas où mes lecteurs ne seraient pas seulement mes collègues d’université / d’hôpital. En y repensant, après tout, certains de mes amis qui ne sont pas en médecine ne sont même pas certains de ce qu’est un externe versus un résident… Je me suis donc dit qu’il serait intéressant de faire un petit résumé d’informations sur les études médicales, qui servirait en quelques sortes de dictionnaire Futur MD <-> Public Non-Médical. Procédons !

Plan des études médicales à l’Université de Montréal

1 an - Année préparatoire (cours théoriques seulement; cette année n’est pas requise si on a déjà un diplôme universitaire dans le domaine de la santé)

1 an - Première année (cours théoriques, apprentissage par problèmes; seulement 1 jour/semaine de stage hospitalier)

1 an - Deuxième année (idem à la première, en plus lourd)

1 an - Externat 1 (11 mois de stages à temps plein non rémunérés, durant 1 à 2 mois chacun, dans divers hôpitaux et spécialités)

1 an - Externat 2 (idem à l’externat 1 mais certains stages sont plus poussés)

Durant les trois années précliniques, l’étudiant ne peut rien prescrire et bien qu’il passe un peu de temps à l’hôpital, c’est surtout à des fins d’observation et pour pratiquer des examens physiques; il ne participe pas vraiment à soigner les patients. Lorsqu’il devient externe, par contre, il fait partie de l’équipe traitante et peut effectuer divers gestes techniques, prescrire des examens, et même faire des ordonnances de médicaments (qui doivent cependant être vérifiées et signées par son responsable de stage). L’externe peut aussi souffrir les aléas des horaires d’hôpital: il peut travailler de nuit, faire des gardes de 24 heures, être de garde à Noël, etc. Pour couronner le tout, un externe n’est pas payé pour sa participation aux soins.

À la fin de ses deux années de stages, l’externe obtient enfin son MD (abréviation de medicinae doctor), le doctorat en médecine. C’est un doctorat de premier cycle: il n’y a pas de thèse de doctorat à produire. Il n’existe pas de baccalauréat ni de maîtrise en médecine: on obtient directement le doctorat.

Après ces cinq ans, le nouveau docteur commence sa résidence.

  • Un résident effectue des stages plus poussés qu’un externe, et a ses propres pouvoirs de prescription sans dépendre constamment de la signature d’un superviseur.
  • Les résidents sont payés pour leur travail (mais seulement autour de 35 000 $ par année, donc énormément moins qu’un médecin en pratique).
  • La durée de la résidence dépend de la carrière que l’on veut avoir. Par exemple, pour devenir omnipraticien, il faut faire la plus courte des résidences: celle de médecine familiale, qui dure 2 ans. Les résidences pour devenir spécialiste sont nettement plus longues: au moins 5 ans.
  • Communément, on dit R1 pour désigner un résident de première année, R2 en deuxième, et ainsi de suite… Un résident junior en est à sa première année; un résident sénior a atteint la dernière année de sa spécialité.
  • En pratique, tous les hôpitaux universitaires du Québec fourmillent de résidents. Ils sont à première vue indifférenciables des médecins puisqu’on les appelle aussi “Docteur” et qu’ils accomplissent des tâches comparables - ils ont seulement des horaires bien plus pénibles et un salaire moindre…

Après avoir fait sa résidence, le docteur peut se lancer tout de suite en pratique et devenir un médecin autonome (ce que l’on appelle couramment un patron), mais il peut aussi faire une ou deux années (voire plus) de perfectionnement appelées fellowship. Un fellow est un médecin plutôt avide de formation (voire nostalgique de la résidence, qui sait ?) qui prend un ou deux ans de stages de plus pour s’assurer d’être à la fine pointe d’un domaine qui l’intéresse particulièrement. Ceci se fait surtout lorsqu’on veut pratiquer dans un hôpital universitaire et s’impliquer dans l’enseignement et la recherche.

Enfin, évidemment, le but ultime de tout ce bataclan durant facilement 10 ans est de devenir patron, c’est-à-dire médecin. C’est une profession très valorisée, gratifiante, diversifiée et payante, qui permet de faire en même temps beaucoup d’enseignement et de recherche scientifique, et bien sûr de sauver des vies.

Pour résumer…
Voici le chemin vers la profession de médecin au Québec, du premier échelon au dernier:

-Prémed (1 an d’université)

-Étudiant en médecine au préclinique (2 ans d’université)

-Externe (2 ans de stages non payés)

-Résident (2 à 5 ans environ de stages payés)

*Fellow - 1 ou 2 ans facultatifs*

-Patron (c’est le terme familier qu’on emploie dans les hôpitaux pour dire “vrai médecin qui peut pratiquer tout seul” !)

C’est looooooong, hein ? :twisted: